Portrait

Vincent Perrier-Trudov Conseiller municipal délégué aux nouvelles techonologies et affaires juridiques de la ville de La Madeleine (Nord), Président des Jeunes Centristes du Nord / Pas de Calais,...

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Septembre 2010

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Le comble du trader

Vous connaissez les petites histoires enfantines, façon "blague Carambar", du type "Quel est le comble de..."? Aujourd'hui, on pourrait raconter l'histoire suivante:

"Quel est le comble du trader? C'est d'attaquer les Etats en raison de leur dette publique trop importante, dette que ces mêmes Etats ont contractée afin de sauver les banques où travaillent ces traders"

Je sais, ce n'est pas très drôle - cela ne devrait faire rire que les banquiers dits "d'investissement" et que l'on devrait qualifier plutôt de banquiers spéculatifs. Car c'est exactement ce qui est en train de se passer.

Même si, dans le cas de la Grèce, la dette publique est également due à une longue période de mauvaise gestion des finances publiques (nous devrions voir cela comme un sérieux avertissement), les déficits et les dettes des Etats ont plongé en grande partie en raison de la crise économique due à la spéculation irresponsable de ce qu'on appelle "les marchés financiers".

Cette appellation "marchés financiers" est d'ailleurs trompeuse. Cela donne le sentiment de quelque chose d'éthéré, d'inaccessible, et par conséquent d'irresponsable. La vérité c'est que "les marchés financiers" sont constitués en très grande partie par les banques, leurs succursales, leurs filiales, et leurs gestionnaires privés de fortune.

En résumé, les banques que nous avons sauvées sont actuellement en train de se retourner contre nous, au travers de la spéculation sur le marché obligataire (le marché de la dette publique des Etats). Et quand on lit les titres de la presse, on croit rêver "Les marchés sanctionnent la mauvaise gestion de la Grèce".

De quel droit les banques peuvent-elles aujourd'hui se poser en censeurs de ce qu'est une bonne ou une mauvaise gestion? Elles qui ont encaissé plusieurs milliers de milliards d'euros de dépréciation d'actifs, pour avoir, de manière industrialisée, prêté de l'argent à des personnes dont elles savaient pertinemment qu'elles étaient dans l'incapacité de rembourser.

Elles ont camouflé ce scandale en découpant ces prêts, en les disséminant au travers de jolis petits "produits structurés", en les faisant noter, par des agences de notations auxquelles elles étaient et sont encore aujourd'hui toujours liées, à des niveaux de sûreté équivalent à la dette publique française ou allemande, tout en affichant des rendements de 8% l'an!

Et aujourd'hui, non seulement elles se retournent contre les Etats qui les ont aidées, mais en plus elles se permettent de donner des leçons. Il y a des choses que je n'accepte pas.

Il est urgent que l'Europe mette en place une agence de notation européenne, issue des institutions de l'UE, afin de mettre fin à ce monopole privé sur l'évaluation financière.
 
 

Commentaires

  1. Bonsoir,

    Sur la réglementation des prêts, je te suis à 100%. La plupart des contrats sont rédigés en tout petit et les gens se font avoir par des commerciaux peu scrupuleux payés à la commission.

    Quant à la responsabilité des gens, même bien éduqués et éclairés, j'y crois peu: regarde le nombre de gens soi-disant bien informés qui se sont fait avoir par Madoff, sur la base d'une cavalerie financière vieille comme le monde!

    Quant aux hedge funds, ce qui est certain, c'est qu'il faut trouver un moyen de rééquilibrer la répartition de la valeur ajoutée entre le travail, l'investissement et le capital. Parce que 15% de ROE avec 2% de croissance, c'est juste intenable.


    » Envoyé par Vincent Perrier-Trudov le 15 février 2010

  2. Cher Vincent,

    Tout à fait d'accord sur la nécessité d'avoir des agences de notation sous contrôle supranational, d'accord aussi sur un petit nombre de trader qui agit d'une certaine manière. Néanmoins, dans cette crise, on a très peu entendu parler de la nécessité de réglementer l'action des Hedge Funds. Par ailleurs, je ne parle pas seulement de la politique monétaire des Etats Unis mais il est de la responsabilité des autorités notamment monétaire de réglementer un système de façon à ce qu'on ne puisse avoir des prêts immobiliers à 1 pct au début tout en permettant que le taux puisse monter à 12 pct. Un prêt immobilier basé sur la valeur de l'actif et si la valeur de cette actif augmente on augmente la ligne de crédit de son propriétaire, c'est une folie. Je pense qu'il ne faut pas dégager certains responsable politiques et autres de leurs responsabilités.
    Après ça, la complexification et la titrisation ne sont que la conséquence d'une demande permanente d'un rendement plus grand. Bien entendu que ce ux qui les ont construit ont une responsabilité mais il est trop facile de dire que celui qui achète n'est responsable de rien. Si demain je viens te dire qu'en placant ton argent chez moi tu feras du 8pct garanti avec zero risque, tu ne me croiras pas....c'est tout le paradoxe de l'être humain qui est parfois prêt à croire cela lorsqu'on est dans une période d'eurphorie. Mais bon, voilà aussi une présentation schématique des choses de ma part et cela nécessiterait de longues discussion.

    Ce que je veux dire globalement c'est que dans ce désastre, il y a une multitudes de responsables bien entendu avec une part plus ou moins grande. Ce qui me dérange, c'est de voir notre cher Président utiliser un discours réducteur, schématique et en fin de compte populiste à des fins uniquement politiques car il a bien compris, au regard de l'histoire, à quel point la désignation d'un bouc émissaire peut mobiliser le peuple derrière soi.
    Et bien que dans la majorité, j'espère que le Nouveau Centre saura se garder de certains excès qui deviennent de plus en plus dérangeant.


    » Envoyé par Franck Luxembourger le 15 février 2010

  3. Cher Franck,

    Je te remercie de tes précisions. Bien entendu, il ne s'agit pas pour moi de stigmatiser toute la profession des traders en tant que tels. Il y a bien entendu les traders qui "hedgent" les risques de variation de cours de matières premières - comme tu l'expliquais dans le cadre des marchés de l'électricité - en prenant des contrats à terme, des cadres bien formés et très correctement payés qui font leur job.

    Il n'empêche. Il y a quand même au sein des banques, comme dans les hedges funds, une petite catégorie de traders qui font la pluie et le beau temps dans les salles de marché, qui traitent les employés du middle et du back office comme des chiens, et qui se ramassent des bonus démesurés parce qu'ils ont obtenu de jouer sur des sommes colossales. Et, de fait, leur P&L gonfle.

    Ce sont des gens comme eux qui ont inventé les options dites "exotiques" où l'on mélange tout et n'importe quoi comme supports, et où même des mathématiciens de très très haut niveau ont du mal à comprendre le mode de calcul des variations.

    Ce sont des gens comme eux qui donnent naissance aux "prédictions auto-réalisatrices", qu'on appelle aussi les "bulles spéculatives". Et ce sont ces gens là qui ont inventé les produits structurés issus des subprimes.

    Que la FED ait pendant des années maintenu les taux d'intérêts réels à un niveau proche de zéro, personne ne le conteste. Mais personne n'a jamais obligé ces gens là à concevoir ces produits structurés et à les vendre. Personne n'a jamais obligé les agences de notations à leur donner du AAA.

    Ces gens-là, qu'ils soient traders leaders de leurs salles de marché, ou membres des agences de notation, ou cadres dirigeants des banques qui ont entretenu ce système en toute connaissance de cause, ces gens-là sont toujours en place. Aucune banque n'a viré la moindre "star", parce qu'elle savait que le lendemain il retrouverait du travail chez la concurrence ou qu'il lancerait un fonds d'investissement privé en partant avec le portefeuille de clients.

    Et ce qui me révolte, c'est que ce sont les mêmes personnes qui attaquent l'Europe en s'en prenant à la Grèce - même s'il est vrai que la gestion publique de ce pays est largement contestable.

    Une dernière chose: il n'y aurait pas de hedge funds si les banques ne leur prêtaient pas de l'argent. Quand un hedge funds fait un LBO, il emprunte, achète, restructure et revend. Le produit de la revente lui permet de rembourser l'emprunt et d'empocher une marge plus ou moins élevée. Chacun de ces hedges funds a de très grosses lignes de crédit ouvertes dans les plus grandes banques du monde. Séparer les gentilles banques des méchants hedges funds ne me paraît pas correspondre à la réalité.

    La pierre angulaire de tout ce système, ce sont les agences de notation, car ce sont elles qui donnent la mesure de la confiance que l'on peut accorder à tel ou tel établissement ou fonds d'investissement. D'où l'urgence de créer une agence de notation européenne, issue des institutions de l'UE.


    » Envoyé par Vincent Perrier-Trudov le 13 février 2010

  4. suite....

    C'est une plaisanterie. Cela concerne un tout petit nombre. Certes un trader gagne plus qu'un employé moyen mais une grande majorité a une rémunération annuelle comprise entre 50 000 et 200 000 eur bruts bonus et avantages compris. Ce sont des rémunérations confortables mais loin de ce qu'on veut nous faire croire. D'ailleurs, la taxation exceptionnelle des bonus des trader commence à un montant de 27 500 eur, cela veut tout dire. Si on avait taxé les bonus à 200 000 ou 300 000 eur, cela n'aurait représenté qu'un petit nombre.

    Enfin, concernant, les prêt dits "subrimes", il ne faut pas oublier qu'à l'origine de tout cela, il y a un système favorisé par la FED dirigée alors par Alan Greenspan. Il fallait ouvrir les vannes du crédit pour que les gens consomment et dépensent. C'est du bon sens, en France on prête en fonction des revenus des gens. Aux Etats Unis on a prêté sur la base de la valeur de l'actif prêté. Comment peut on diriger la plus grande économie du monde et ne pas se rendre compte qu'imaginer que la valeur d'un actif immobilier ne peut que monter est ridicule? C'est ainsi qu'on crée des bulles. La titrisation? elle trouve aussi son origine dans le fait que les banques voulaient "disperser" ce risque engendré par cette bulle et partout dans le monde, investisseurs compris, on voulait des rendements de dingue. On ne peut pas imaginer détenir un placement sans risque qui rapporte 8pct si le taux sans risque est à 5. C'est pure logique mais quand tout monte et qu'on gagne même de petits investisseurs ne prennent plus la peine de réfléchir froidement. C'est un peu la nature humaine. Bien entendu, je ne veux pas dire par là que les petits investisseurs sont les responsables mais j'apporte un angle de vue différent.

    Pour terminer sur le cas de la Grèce. Ce sont des Hedge Funds qui spéculent et il ne faut pas croire que la dégradation éventuelle de la note d'un pays européen arrangerait les affaires des banques qui souvent détiennent ce genre de dette en temps que dette de qualité et que toute dégradation pourrait nécessiter davantage de fonds propres pour elles.

    Franck Luxembourger


    » Envoyé par Luxembourger le 09 février 2010

  5. Bonjour cher Vincent,

    A la fois trader et adhérent du nouveau centre, je me permets de te faire quelques commentaires relatifs à ton article.
    Même s'il explique schématiquement certaines réalités et certains excès des marchés financiers, je pense qu'il est extrêmement caricatural, notamment quant aux responsabilités et que parfois il manque de connaissances précises sur le fonctionnement exacte des marchés financiers et de la spéculation. Malheureusement, je pense qu'en France, beaucoup de journalistes et d'hommes politiques ont abordé le sujet sans avoir pris la peine de comprendre exactement le fonctionnement du système et surtout, qui fait quoi. Je voudrais donc apporter quelques précisions afin qu'on en finisse un peu avec le trader bouc émissaire.

    Tout d'abord, le métier de trader regroupe en fait des réalités très différentes : certains ne font qu'exécuter des ordres sur les marchés financiers, ordres passés par des clients de banques ( de bourse par exemple), d'autres gèrent des portefeuilles de trading de très petite taille mais ces portefeuilles servent principalement à optimiser les flux provenant de produits parfois complexes qui répondent à certains besoins de couverture que peuvent avoir des sociétés ou des groupes multinationaux (risque de taux, de change...). Il existe aussi des traders dans de grands groupes industriels, chez EDF, chez Arcelor....qui optimisent la trésorerie ou encore les achats nécessaires à leur coeur de métier (achat ou vente de contrat sur l'électricité, achat de métaux de base...etc). Je pense donc qu'il convient d'être mesuré lorsqu'on stigmatise toute une profession alors même que le travail de nombre d'opérateurs sert l'économie réelle.
    Mais comme dans tout système, il y a des excès...

    A côté de cela, certains traders dans certaines banques qui ne sont que des banques d'investissement et qui s'apparentent d'une certaine manière à des Hedge Funds, peuvent correspondre à la description qui est sans cesse présentée à l'opinion publique mais cette catégorie de traders regroupe en réalité un petit nombre d'individus. Et ici, nous touchons le coeur du problème car à mon sens, ce sont les hedge funds qui sont à l'origine de ce qui se passe. Ces fonds sont souvent très gros et ont "une puissance de feu" considérable lorsqu'il s'agit de déstabiliser. Ils sont en mesure de faire plier une banque centrale s'ils décident d'attaquer une devise par exemple. Finalement, j'entends très peu nos décideurs s'attaquer à ce problème. Par exemple, je pense que ces Hedge Funds devraient être mis sous contrôle, ils ne devraient plus avoir le droit de prendre des participations de contrôle dans des sociétés car ils viennent le plus souvent sans projet industriel, sans attachement à la société ou au groupe, à son métier et aux territoires qu'elle occupe parfois historiquement. Souvent ils se contentent d'optimiser la situation financière en réduisant les coûts et donc en mettant à la porte les employés. Et il y a beaucoup d'autres mesures qui pourraient mettre sous contrôle ces fonds mais le sujet et vaste.

    Je voudrais encore aborder deux autres sujets. On a largement caricaturé les rémunérations des traders. Aujourd'hui, en interrogeant n'importe qui dans la rue, on se rend compte que tout le monde croit qu'un trader ça gagne 1 mio d'eur minimum par an. C'est une plaisanterie. Ceci


    » Envoyé par Franck Luxembourger le 09 février 2010

  6. bonjour

    je suis d'accord avec ce que vous dites mais le probleme n'est pas la . le probleme est avant tout un probleme de cohérence entre une monnaie unique et des politiques economiques diverses . quelle est la cohérence entre une politique allemande basée sur les gains de productivité, l'effort budgétaire ,l'export et celle des pays du "club med " comme la grèce ou la fraude aux statistiques a été erigée en sport national ( sans cela pas d'entrée dans l'euro)
    le spread ( différence de taux d'intérêt entre la signature de ces deux pays reflète la réalité )
    jusqu'ici la grèce etait le passager clandestin de l'europe
    la crise a simplement mis à jour une situation réelle la crise et le comportement des banques n'a rien a voir la dedans on peut même se féliciter que la contrairement à la période avant crise elles renouent avec l'analyse prudentielle etfassent leur metier .
    il n'y à qu'une leçon à tirer de tout cela :
    il faut une politique économique EUROPEENNE avec des critères de convergence
    et des objectifs communs il faut donc + d'europe et pas moins


    » Envoyé par ludovic le 09 février 2010


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