Portrait

Vincent Perrier-Trudov Conseiller municipal délégué aux nouvelles techonologies et affaires juridiques de la ville de La Madeleine (Nord), Président des Jeunes Centristes du Nord / Pas de Calais,...

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Le conflit russo-géorgien, le coup d'arrêt à l'unilatéralisme?

Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur ce n-ième conflit dans le Caucase. Les médias occidentaux, dans un premier temps abreuvés par les dépêches et les communiqués venant de Géorgie, semblaient voir dans ces événements tragiques un nouvel épisode du "grand frère russe méchant et brutal" remettant dans le droit chemin la "pauvre petite Géorgie".

Maintenant que la poussière retombe, que les Ossètes comptent leurs morts et que les Géorgiens prennent la mesure des dégats, il faut admettre que ce tableau manichéen se fissure. Retour sur ces événements.

Depuis la chute de l'URSS, les provinces d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud tentent de déclarer leur indépendance, soutenues en cela par la Russie. Suite à une guerre civile, un accord avait été signé sous l'égide de la CEI, afin de geler le conflit, avec des forces de maintien de la paix russo-géorgiennes.

Ces derniers temps, les escarmouches entre forces ossètes et forces géorgiennes s'étaient accrues de manière notable. L'enhardissement des forces ossètes n'aurait probablement jamais eu lieu sans le soutien implicite de la Russie.

Car, depuis le début de la question du Kosovo, la diplomatie russe avait prévenu les occidentaux: il ne pouvait pas y avoir deux poids, deux mesures entre le Kosovo d'une part et l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie d'autre part. En cas d'indépendance du Kosovo, ils pourraient difficilement la refuser à l'Ossétie et l'Abkhazie.

Cette indépendance se profilant à l'horizon, le Président géorgien Saakashvili a-t-il voulu tenter un coup de poker? Probablement. Mais c'est là sans aucun doute une faute politique gravissime. Lorsqu'on est un dirigeant politique et que la vie de ses compatriotes dépend des décisions que l'on prend, on se doit de bien réfléchir avant de se lancer dans une opération militaire d'envergure.

Reprendre le contrôle de l'Ossétie du Sud par les armes supposait, au préalable, de défaire militairement les troupes russes de maintien de la paix. Comment Saakashvili a-t-il cru que la Russie laisserait ses soldats se faire tuer à sa frontière sans réagir?

Quelle que soit l'intensification des escarmouches, la fuite en avant militaire du Président géorgien était complètement irresponsable. Dans ce type de conflit à basse intensité, l'agresseur est toujours celui qui cède à l'escalade. Et cela est d'autant plus vrai que l'offensive géorgienne a été brutale. Difficile, donc, de jouer les victimes lorsque l'on attaque en premier, et surtout de cette manière.

C'est un secret de polichinelle que la Géorgie était soutenue, par les Etats-Unis, dans son projet de reprise de contrôle de ces territoires. Point de passage stratégique entre la mer Caspienne et la mer Noire, limitrophe de la Turquie et proche de l'Iran, ce pays avait tous les atouts, aux yeux du Pentagone, pour accueillir des bases militaires américaines.

C'était d'ailleurs en projet. Entre l'aide financière et les instructeurs américains, l'armement israélien, le choix du nom "Georges Bush" pour l'une des principales artères de Tbilissi fait figure d'anecdote. Un pion central de la diplomatie américaine au coeur du Caucase, voilà ce qu'était devenu la Géorgie. Et si l'on ajoute à cela que tous les projets d'oléoducs et de gazoducs, en provenance d'Asie centrale, dont l'objectif était le contournement de la Russie, passent par la Géorgie, on peut comprendre que la Russie surveillait ce territoire de près.

Se prévalant du soutien américain, Saakashvili s'est donc senti suffisamment fort pour attaquer l'Ossétie du Sud. Vu la vitesse, la puissance déployée et l'efficacité de la réponse russe, on peut se douter que les russes s'attendaient à cette attaque. La Géorgie devait figurer en bonne place dans la liste des pays surveillés par le FSB, et tout indique que l'armée russe était préparée à la confrontation.

Outre les conséquences humaines dramatiques de ce conflit-éclair pour la population civile locale, ossète et géorgienne, ces événements marquent un changement important dans les relations internationales de ces dernières années.

Depuis la chute du mur et la fin de l'Empire soviétique, les Etats-Unis demeuraient comme la seule "super-puissance". Conscients de cette force, et profitant de l'affaiblissement économique et politique de la Russie, ils se sont peu à peu détachés des contraintes du droit international, et plus particulièrement de l'ONU.

Le paroxysme a été atteint avec l'intervention unilatérale en Irak, où chaque contingent étranger - on l'oublie déjà - avait été durement obtenu au prix d'une tournée mondiale de Georges Bush. Que dire des américains donnant aux russes des leçons de "respect de l'intégrité territoriale de pays souverains"? Entre Guantanamo, les transferts de prisonniers pour interrogatoires dans des pays où sont pratiqués la torture, et les exactions des compagnies privées de sécurité en Irak, les Etats-Unis sont bien mal placés en ce moment pour dispenser leurs conseils.

Cet unilatéralisme, où les bons sentiments et les règles du droit international ne valent que lorsque les autres y sont soumis, a en tout cas pris un coup d'arrêt avec la Russie. Le bombardement de soldats russes dans leurs casernes par les forces géorgiennes en Ossétie du Sud en a sonné le glas.

Et l'Union Européenne dans son ensemble, au-delà des divergences historiques de certains de ses Etats membres avec la Russie, serait bien inspirée de voir dans ce retour de la Russie dans le concert des grandes puissances une occasion de promouvoir le multilatéralisme qu'elle appelle de ses voeux. Car qui dit multilatéralisme, dit contrepoids à la puissance américaine. Et aujourd'hui, le seul contrepoids qui existe, c'est la Russie.
 
 

Commentaires

  1. Hubert Védrine et Dominique de Villepin sont alors eux aussi à ranger dans la catégorie des aveugles, puisqu'eux aussi en parlent, de cet encerclement. De même que l'IRIS et l'IFRI, deux instituts français reconnus dans l'analyse des relations internationales.

    Que les russes soutiennent depuis longtemps les ossètes, ce n'est pas un secret de polichinelle, ce n'est même pas un secret du tout. Ils ne s'en sont jamais cachés.

    La faute n'est pas d'armer telle ou telle population. La faute est de déclencher l'escalade d'un conflit de basse intensité, en démarrant les hostilités par le bombardement d'une caserne, à 23h30, où sont stationnés des soldats russes.

    Penser un seul instant que Medvedev et Poutine n'allaient pas réagir, alors que la Géorgie est à leur frontière sud relève de l'inconscience pure et simple du point de vue politique.

    Mais c'est d'autant plus grave qu'en déclenchant ce conflit, le pouvoir géorgien est directement responsable des victimes civiles qui sont à déplorer.

    La gigantesque campagne de communication a peut-être en partie aveuglé une partie des populations occidentales, en faisant passer la Russie pour l'agresseur. Mais les faits ont la vie dure, et dans quelques mois, quand les esprits seront calmés, la vérité refera surface.


    » Envoyé par Vincent Perrier-Trudov le 02 septembre 2008

  2. secret de polichinelle également que les indépendantistes \\\"ossétes\\\" sont russes ou du moins armés par eux !!! depuis des lustres les russes jouent à la guerre avec les Etats voisins en revendiquant la protection de leurs frontières et éviter un encerclement que eux seuls voient... A défaut d\\\'encerclement, les russes se créent eux même une ceinture d\\\'insécurité et de tension à leurs portes...


    » Envoyé par huguo le 29 août 2008

  3. Il est vrai que nos médias véhiculent une vision du monde qui est émotionnelle : Peu d'informations vérifiables , quasiment aucune information contextuelle , du type historique par exemple, pouvant expliquer telle ou telle genèse d'un évènement.
    On l'a bien vu dans les premiers reportages télévisés :Civils en pleurs , Géorgiens apeurés , victimes des Russes des Abkhazes et autres Ossètes.
    Sans compter Les lettres géorgiennes de notre grand BHL.

    Si l'on considère que L'annexion d'une partie d'une partie de la Géorgie dans la sphère russe via l'indépendance de ces deux républiques est la réponse à l'indépendance du Kosovo , je me dis que la Russie à réussi un Super coup politique , L'indépendance du Kosovo visait juste à démembrer un peu plus la Serbie , mais stratégiquement la Géorgie est bien plus intéressante Oléoducs obligent.

    Les gesticulations musclées du Président Sarkozy à l'adresse de Poutine sont comiques dans la mesure ou c'est pas nos Rafales qui iront frapper le tankiste Russe imbibé de Vodka . C'est aussi un Signal politique fort à l'égard des USA concernant la proximité de leur bouclier anti-misssile dans des pays qui ont toujours été déchirés entre la Russie et La sphère d'influence Germanique ( les pays du Danube) , comme vis à vis des Pays Baltes.


    Ces pays sont à présent membre de l'UE qui elle s'imbrique dans l'otan , La Russie pourrait-elle s'attaquer à ces pays un jour et qu'elle serait la réponse d'une organisation politique dont l'un de ses membre serait agressée ou déstabilisée?


    » Envoyé par Nico75 le 29 août 2008

  4. Quelques éléments pour abonder cette réflexion sur la stratégie de cette partie du globe.
    1) Il est exact que seul un bon équilibre des forces peut maintenir une paix durable et c'est d'ailleurs ce qui a permis d'éviter une guerre nucléaire au cours du 20ème siècle.
    2) lorsque l'on regarde où se trouve la Géorgie on voit deux choses: d'abord qu'avec l'Ukraine ces 2 pays forment une tenaille sur le seul accès de la Russie aux eaux libres en Occident et deuxièmement que la Turquie forme une belle base arrière pour la Géorgie.
    Dès lors, pour moi, ces conflits devraient reposer la question "la Turquie doit-elle faire partie de l'U.E.?" Ma réponse est bien entendu oui et on l'aura compris, la Géorgie et l'Ukraine avec. Alors, une double alliance devient possible, d'une part avec les USA, car on deviendra un interlocuteur valable étant près des sources de pétrole, et d'autre part avec la Russie, pour les mêmes raisons et pour cette stratégique mer noire qui faisait déjà courir Alexandre le Grand quelques 3 siècles avant Jésus Christ et notre cher président depuis.
    Amicalement


    » Envoyé par Perrier Pierre le 13 août 2008


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