Portrait

Vincent Perrier-Trudov Conseiller municipal délégué aux nouvelles techonologies et affaires juridiques de la ville de La Madeleine (Nord), Président des Jeunes Centristes du Nord / Pas de Calais,...

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Août 2008

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Articles du 08 août 2008

Les fantasmes de la création monétaire (1/?)

Lors de longs échanges à propos de mon article sur la nécessité d’un “Grenelle” des finances publiques, une théorie - qui peut à certains égards sembler séduisante - a été défendue par quelques commentateurs sur ce blog.

Pour ceux qui n’ont pas suivi le fil des commentaires, ou qui n’ont pas le temps de s’attaquer à cette longue lecture, en voici le résumé:

La création monétaire n’est pas du ressort du Gouvernement mais des banques privées, qui ne sont soumises qu’aux règles dites des “réserves fractionnaires”. Ces règlent leur permettent de créer des quantités considérables de monnaie par le jeu du crédit, dans des proportions sans aucune mesure avec les montants de leurs dépôts. Les banques font des profits, par le jeu des intérêts, sur quelque chose qui “n’existe pas”.

D’autres observent que la dette publique coûte des sommes considérables à l’Etat, notamment en intérêts. “Si l’Etat créait lui-même sa propre monnaie, il n’aurait pas d’intérêts à payer, cela lui coûterait donc moins cher. L’Etat devrait donc retrouver le monopole de la création monétaire et ne pas payer d’intérêts du tout.

Pour vérifier la validité d’un tel raisonnement, il convient d’abord de se pencher sur la question de ce qu’est réellement la monnaie. C’est là que l’on trouve la première faille dans le sophisme selon lequel “les banques font du profit en faisant payer quelque chose qui n’existe pas“.

Penchons-nous sur les éléments constitutifs de la monnaie.

La rôle de la monnaie:

Le rôle d’une monnaie est de permettre les échanges de biens et de services. Dans une économie de troc, on échange directement des biens et des services les uns contre les autres, sans intermédiaire. Le troc connaît actuellement un nouvel essor, par le biais de sites web qui proposent soit des échanges temporaires de logements - pour des vacances - soit des échanges directs de biens et/ou de services.

Le problème d’une économie de troc est son manque de fluidité. Il faut du temps et/ou de la chance pour trouver quelqu’un qui acceptera d’échanger son petit bateau amarré dans le Sussex contre une grange dans le Larzac. Ou un sac à main de marque d’occasion contre une peinture à l’aquarelle.

La monnaie assume donc d’une part, le rôle d’étalon de valeur, qui permet de mesurer la valeur d’un bien, et d’autre part, le rôle de vecteur de cette valeur, qui permettra à son détenteur d’échanger cette monnaie contre un bien ou un service qu’il désire, immédiatement ou ultérieurement.

L’utilisation d’une monnaie permet donc de rendre les échanges plus fluides, car elle élimine les contraintes d’échange bilatéral induites par le troc. Ensuite, elle élimine la contrainte de l’immédiateté de l’échange, puisque le détenteur de monnaie peut attendre avant d’échanger sa quantité de monnaie contre un autre bien ou service.

Le point central est donc l’assurance, pour celui qui accepte de la monnaie en échange de son bien ou de son service, d’être en capacité d’acquérir d’autres biens et services d’une valeur égale à celle qu’avaient les biens et services qu’il a cédé.

C’est ce qu’on appelle la confiance dans la monnaie.

La nature de la monnaie:

Dès lors, on s’aperçoit que la nature de la monnaie est complètement décorrélée de son “support”. Qu’il s’agisse de l’or, de l’argent, de papier ou de quelques 0 et 1 dans une mémoire d’ordinateur, ce qui compte c’est la confiance.

Quand la confiance disparaît, la monnaie elle-même disparaît. Ce phénomène de disparition de la monnaie, que l’on appelle ”hyper-inflation”, a été observé à plusieurs reprises au cours de l’Histoire: les assignats de la Révolution Française, le mark allemand des années 1920 ou le dollar zimbabwéen aujourd’hui en sont des exemples d’école.

Au cours de l’Histoire, de nombreux supports ont été utilisés pour la monnaie. Il y a eu bien entendu les métaux (or, argent, cuivre,…), mais également d’autres supports tels que des coquillages, ou plus récemment du papier.

Le choix du support était déterminé en fonction de la confiance qu’il était sensé véhiculer, et non pas seulement - ou pas du tout - pour sa valeur intrinsèque. C’est évident pour le papier, mais cela est vrai également pour l’or. La valeur intrinsèque de l’or en tant que métal était un des éléments de la confiance dans les pièces de monnaie en or, mais cela n’était pas le seul critère.

Au Moyen-Age, certaines pièces d’or étaient mieux acceptées que d’autres. Pourquoi? Parce que les systèmes de contrôle de ceux qui battaient cette monnaie étaient de qualité inégale. Certaines pièces étaient moins souvent contrôlées que d’autres et les risques de fraude étaient plus importants (limage des pièces, etc).

Le système de contrôle de la monnaie est donc un des éléments constitutifs de la confiance dans une monnaie - et par conséquent de sa valeur.

C’est donc une erreur que de croire que la monnaie a une valeur en soi. La seule valeur d’une monnaie se “mesure” au niveau de confiance qui y est attaché.

Si on poursuit le raisonnement jusqu’au bout, on se rend compte que ce qui “existe” vraiment, ce n’est pas la monnaie, c’est la confiance qui est traduite au travers de cette monnaie. C’est pour cela que la monnaie peut être complètement dématérialisée.

Le “Tiers de confiance”:

C’est là qu’intervient le rôle du “tiers de confiance”. Un tiers de confiance est une personne, physique ou morale, qui joue le rôle d’intermédiaire, et qui intervient dans les échanges afin que les parties soient rassurées par les termes et les conditions de l’échange.

Tout cela est un peu théorique, mais en voici des exemples concrets. Si vous passez une petite annonce pour vendre votre voiture sur internet, vous avez tout intérêt à effectuer votre transaction au sein d’une agence bancaire. Le conseiller qui gère votre compte pourra effectuer les contrôles sur les billets, vérifier que le chèque de banque est un vrai, bref, vous assurer que l’acheteur vous donne la valeur réellement annoncée. Un certain nombre de personnes ayant accepté des chèques sans effectuer les vérifications nécessaires se sont retrouvées sans véhicule avec des chèques non provisionnés.

Au Moyen-Age, c’était celui qui pesait et vérifiait les pièces d’or, d’argent, etc qui assurait ce rôle. Mais le rôle de tiers de confiance est également assuré, d’une autre manière, par ce qu’on appelle les chambres de compensation. Ces organismes sont très utiles pour effectuer transferts et mettre à disposition des fonds à distance.

Imaginez que vous ayez un compte dans la même banque que votre grand-mère. Vous avez 200 euros, votre grand-mère à 200 euros, et pour votre anniversaire, elle vous fait un virement de 50 euros. Votre compte passe donc à 250 euros et le sien à 150 euros.

Tout cela est totalement immatériel, votre banque a simplement modifié les montants de vos comptes en banque respectifs. C’est le principe d’une chambre de compensation. S’il y avait une seule banque au monde, elle serait donc une immense chambre de compensation.

Dans les deux cas, c’est la confiance dans la monnaie qui est en jeu, et non une prétendue valeur intrinsèque de la monnaie.

En quoi cela invalide-t-il la théorie sur la “création monétaire” par les banques privées?

Tout d’abord, les banques ne créent pas la monnaie, elles constatent ou anticipent des valeurs présentes ou futures. Elles constatent la valeur d’un bien immobilier, ou anticipent la valeur de revenus futurs en fonction d’un emploi salarié.

En fonction de ces données relatives aux valeurs qui sont détenues ou qui seront détenues, elles valident un niveau de confiance quant à la solvabilité du demandeur, et accordent un prêt.

La valeur qui déclenche la création monétaire n’est donc pas du ressort des banques mais de la personne qui demande le crédit, puisque c’est cette personne, avec ses possessions et son travail, qui est à l’origine de la valeur.

Les banques ne sont donc les dépositaires que de la confiance - et c’est déjà beaucoup, et facturent leurs services autour de cette confiance. Qu’elles fassent des profits sur ces services est tout à fait normal.

Il est donc faux de dire qu’elles font des profits sur quelque chose qui n’existe pas.

Pour finir:

Je n’ai pas abordé dans cette partie la question des taux d’intérêts. Je l’aborderai dans un prochain article, mais je pense qu’un débat sur le rôle et la nature de la monnaie sont nécessaires avant d’aborder cette question. Car tout le débat est fondé sur ces définitions, et si l’une ou l’autre sont invalidées, ce sont toutes les déductions qui s’appuient dessus qui s’effondrent.

Je serai heureux également si le débat pouvait se concentrer sur les questions de principe (rôle, nature de la monnaie,…). En effet, si on le “pollue” avec des questions conjoncturelles (niveau et répartition des profits des banques,…), sur lesquelles il y a beaucoup, beaucoup de choses à dire, on va s’éloigner du sujet de la création monétaire elle-même.

Au plaisir de vous lire!

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