Portrait

Vincent Perrier-Trudov Conseiller municipal délégué aux nouvelles techonologies et affaires juridiques de la ville de La Madeleine (Nord), Président des Jeunes Centristes du Nord / Pas de Calais,...

» En savoir plus...


Août 2008

  • L
  • M
  • M
  • J
  • V
  • S
  • D
  •  
  •  
  •  
  •  
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
  • 11
  • 12
  • 13
  • 14
  • 15
  • 16
  • 17
  • 18
  • 19
  • 20
  • 21
  • 22
  • 23
  • 24
  • 25
  • 26
  • 27
  • 28
  • 29
  • 30
  • 31

« juillet

septembre »


Videowall

Archives de août 2008

Le Rubicon du Caucase

Alea jacta est. Dimitri Medvedev vient de signer les décrets présidentiels de reconnaissance de l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud. L'Union Européenne et les Etats-Unis se retrouvent, par cette politique du fait accompli, avec une balle dans leur camp bien difficile à négocier. Il n'y a aucun doute quant au caractère de "réponse du berger à la bergère" quant à la déclaration unilatérale d'indépendance du Kosovo le 17 février dernier. A ceux qui se demandaient quelle serait la réaction russe, la voici.

En replaçant cet événement dans ce contexte, on voit bien de quelle manière la décision occidentale de passer outre les protestations répétées de la Russie ont pu à la fois désarmer la légitimité de nos protestations actuelles et encourager les russes à franchir le Rubicon.

On ne peut que déplorer ce gâchis. Sans refaire l'histoire, l'insistance russe à lier les deux questions - Balkans et Caucase - auraient dû nous amener, si nous avions respecté nos interlocuteurs, à accepter d'envisager un règlement amiable pour les deux régions. Une autonomie renforcée pour chaque peuple au sein d'Etats confédéraux aurait à la fois permis de ne pas transiger sur l'invariabilité des frontières - gage majeur de stabilité - et de satisfaire les aspirations de ces peuples à l'autonomie.

Et nous aurions pu alors envisager une renégociation sereine, dans un mois, du partenariat Union Européenne - Russie.

Car, rarement il y aura eu dans l'Histoire une complémentarité aussi forte entre deux ensembles géopolitiques de cette importance. D'un côté, il y a l'Union Européenne, première puissance économique mondiale, peuplée d'un demi-milliard d'habitants, au PIB par tête le plus élevé du monde, et grande consommatrice de gaz et de pétrole.

De l'autre, on trouve la Russie, pays immense, premier exportateur mondial de produits pétroliers, dont plus des 3/4 des exportations part vers l'Europe, tourné vers la modernisation de ses infrastructures et de son économie. Une croissance à deux chiffres et une volonté politique de fer - c'est le moins qu'on puisse dire - de retrouver le prestige et la puissance qu'elle a, depuis Pierre le Grand, toujours eu.

Un triple rapprochement politique, économique et stratégique entre ces deux grands ensembles aurait la force de cette complémentarité et permettrait d'apaiser les peurs.

Rien ne serait plus dangereux pour l'Europe qu'une Russie revancharde, blessée dans son amour-propre, désireuse de prouver par la force son retour sur la scène internationale. Rien ne serait plus dommageable que de pousser les Russes - par nécessité plus que par désir profond, dans les bras des régimes dictatoriaux que sont la Syrie, l'Iran, et autres ennemis déclarés des Etats-Unis.

Rien ne serait plus inquiétant, pour la Russie, que de se retrouver encerclée à l'Ouest et au Sud, par des régimes qui lui sont hostiles, où des bases américaines viendraient compléter celles d'Asie centrale ; et à l'Est par une Chine elle aussi soucieuse de montrer sa force, et sur laquelle ils ne peuvent compter. Rien ne serait plus dommageable, pour elle, qu'une Europe qui lui tourne le dos, par peur que le retour sur le devant de la scène internationale ne soit en réalité qu'un premier pas vers une reconquête de l'espace soviétique.

Et malheureusement, c'est dans cette direction que nous conduit l'escalade actuelle.

Il est à espérer que le pragmatisme l'emporte sur l'outrance, lundi prochain, lors de la réunion des 27. Il faudra bien sûr composer avec ceux dont le passé (Pologne, République Tchèque, pays baltes,...) ou le présent (Royaume-Uni,...) les poussent à une réaction virulente vis-à-vis de la Russie. Mais il serait irresponsable d'insulter l'avenir. Qu'on le veuille ou non, la Russie jouera un rôle déterminant dans le futur des relations internationales. Il va falloir faire avec, sans illusion, mais sans crainte excessive non plus.

Et au moment de peser le pour et le contre nous serions bien avisés de nous rendre compte qu'en dehors des visages et de la couleur des drapeaux, il n'y a pas beaucoup de différences, entre la joie à Pristina hier, et celle à Soukhoumi et Tskhinvali aujourd'hui.

Commentaires (4)


 

Et si la Russie adhérait à l'Union Européenne?

En ces temps de tensions dues au conflit russo-géorgien, l'idée peut paraître pour le moins saugrenue, voire provocante. Et pourtant...

En prenant un peu de recul par rapport à ces 20 dernières années, qu'observe-t-on? Que le Mur est tombé parce que l'URSS était défaite. Défaite économiquement, politiquement, militairement. Cette défaite n'était pas le fruit d'une guerre ouverte, où les armées s'affrontaient, mais de ce qu'on a appelé la Guerre Froide.

La nature profonde de la Guerre Froide est rarement étudiée de manière approfondie. On parle de face à face, de rivalité, mais si l'on regarde la carte du monde, on s'aperçoit qu'il s'agissait avant tout d'un siège, en bonne et due forme. La stratégie américaine du "containment", mis en oeuvre par exemple en Corée et au Vietnam, illustre parfaitement cette situation. Le financement par la CIA des contras en Amérique latine, le renversement de Allende par Pinochet en sont un autre exemple. Le balancier évoluait en fonction des tentatives de l'URSS de briser l'encerclement, porter l'attention ailleurs, tandis que celui des américains était de contrer ces tentatives.

Ce but d'encerclement du monde soviétique avait pour objet d'empêcher la diffusion de l'idéologie communiste et de son mode de gouvernement totalitaire. En imposant à l'URSS, parallèlement à cela, une course technologique des armements dont son économie désorganisée était incapable d'assumer le poids, les Etats-Unis ont réussi à précipiter la fin du régime soviétique.

Que s'est-il passé ensuite? Nous avons promis, nous, occidentaux, lors de la dissolution du Pacte de Varsovie, que l'OTAN resterait dans les limites d'avant la chute du Mur. Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette promesse n'a pas été respectée. Pis encore, lorsqu'à Moscou, le Kremlin regarde où sont implantée les bases américaines, qu'observe-t-il?

Des missiles en Pologne, un radar en République Tchèque, des bases militaires dans toute l'Asie centrale, un soutien et un financement affiché des leaders anti-russes en Ukraine et en Géorgie.

Voilà pour la partie militaire. Mais en ce qui concerne l'économie, qu'avons-nous fait? La Russie, au sortir du communisme, était exsangue: des infrastructures obsolètes, des conglomérats d'Etat en déliquescence, une absence de culture d'entreprise et des classes moyennes paupérisées.

Nos grandes entreprises minières et pétrolières, ont conclu, à l'époque, grâce à la complicité de l'entourage du Président Elstine, des contrats dignes des plus belles heures du colonialisme, arrosant tout le monde, appareil d'Etat et mafias comprises. Et après 8 années de généreuse et efficace aide occidentale, la Russie s'est retrouvée en défaut de paiement, dévaluant sa monnaie, jetant les retraités et les employés du secteur public dans la pauvreté.

Depuis, suite à la reprise en main - plutôt musclée - de l'Etat par Vladimir Poutine, la mise au pas des oligarques, et l'augmentation du prix du pétrole, la Russie est revenue dans le jeu. Sa force retrouvée, son économie en plein essor, la Russie lève la tête et ne voit autour d'elle que des bases américaines. Partout. Des projets tout aussi nombreux de contournement de son territoire pour le transport du gaz et du pétrole.

Comme si la Russie était toujours un ennemi.

Pendant les 20 années où la Russie n'a jamais été aussi peu menaçante sur la scène internationale, les américains n'ont jamais poussé aussi loin leur stratégie de "containment". Pour quelle raison? Sous quels motifs?

Il est curieux de comparer cette situation à ce que l'on a connu au début du XXème siècle. Tout le monde s'accorde à dire que le Traité de Versailles, visant à étrangler financièrement l'Allemagne et à l'humilier politiquement, a été un ferment décisif dans la montée des tensions qui ont abouti à la Seconde Guerre Mondiale.

Sous une forme différente certes, mais pour quelle raison adoptons-nous la même attitude, un siècle plus tard?

Pourquoi n'avons-nous pas fait la même chose avec la Russie de 1991 qu'avec l'Allemagne de 1947? Il est vrai que, vu le peu de générosité dont nous avons fait preuve envers les pays d'Europe centrale et orientale lorsqu'ils ont intégré l'Union Européenne, nous n'étions probablement pas prêts à sincèrement tendre la main à la Russie.

Mais il n'est pas trop tard, même en ces temps troublés. Nous dépendons de l'approvisionnement en gaz russe? Soit. Pourquoi nous acharnons-nous à contourner la Russie? Intégrons-la!

Traiter la Russie en allié sincère, accepter qu'elle ait son aire d'influence - comme la Grande-Bretagne avec le Commonwealth, la France avec ses anciennes colonies - et l'intégrer au sein des instances de l'Union serait le meilleur service que nous pourrions rendre à l'Europe et à la Paix.

Il n'y a pas plus de corruption en Russie qu'en Roumanie ou en Bulgarie. Du point de vue culturel, la Russie est très proche de nous, en tout cas pour sa population à l'ouest de l'Oural, qui constitue la majeure partie des 142 millions de russes. Et pour le coup, elle est largement plus "européenne" que la Turquie.

Bien sûr, ce ne sera pas forcément ni évident, ni rapide. Mais il faut afficher l'objectif, ouvertement, et regarder sincèrement de quelle manière on peut le faire. L'Europe a commencé par la CECA. Parce qu'à l'époque, c'était le charbon et l'acier qui étaient la source potentielle de conflit.

Mettons en place une Communauté Européenne du Gaz et du Pétrole, sur les mêmes principes, avec les mêmes buts. Bâtissons des projets concrets de coopération sincère plutôt que de jouer au chat et à la souris, en essayant d'être les plus malins dans l'accaparement des profits issus des matières premières.

Cela ne sera pas forcément facile, aujourd'hui, de faire retomber la méfiance. Nous avions une "fenêtre de tir" à l'époque, il y a 20 ans, quand la Russie découvrait le monde sans communisme. Nous avons du retard, et il est urgent de le rattraper.

Commentaires (4)


 

Le conflit russo-géorgien, le coup d'arrêt à l'unilatéralisme?

Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur ce n-ième conflit dans le Caucase. Les médias occidentaux, dans un premier temps abreuvés par les dépêches et les communiqués venant de Géorgie, semblaient voir dans ces événements tragiques un nouvel épisode du "grand frère russe méchant et brutal" remettant dans le droit chemin la "pauvre petite Géorgie".

Maintenant que la poussière retombe, que les Ossètes comptent leurs morts et que les Géorgiens prennent la mesure des dégats, il faut admettre que ce tableau manichéen se fissure. Retour sur ces événements.

Depuis la chute de l'URSS, les provinces d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud tentent de déclarer leur indépendance, soutenues en cela par la Russie. Suite à une guerre civile, un accord avait été signé sous l'égide de la CEI, afin de geler le conflit, avec des forces de maintien de la paix russo-géorgiennes.

Ces derniers temps, les escarmouches entre forces ossètes et forces géorgiennes s'étaient accrues de manière notable. L'enhardissement des forces ossètes n'aurait probablement jamais eu lieu sans le soutien implicite de la Russie.

Car, depuis le début de la question du Kosovo, la diplomatie russe avait prévenu les occidentaux: il ne pouvait pas y avoir deux poids, deux mesures entre le Kosovo d'une part et l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie d'autre part. En cas d'indépendance du Kosovo, ils pourraient difficilement la refuser à l'Ossétie et l'Abkhazie.

Cette indépendance se profilant à l'horizon, le Président géorgien Saakashvili a-t-il voulu tenter un coup de poker? Probablement. Mais c'est là sans aucun doute une faute politique gravissime. Lorsqu'on est un dirigeant politique et que la vie de ses compatriotes dépend des décisions que l'on prend, on se doit de bien réfléchir avant de se lancer dans une opération militaire d'envergure.

Reprendre le contrôle de l'Ossétie du Sud par les armes supposait, au préalable, de défaire militairement les troupes russes de maintien de la paix. Comment Saakashvili a-t-il cru que la Russie laisserait ses soldats se faire tuer à sa frontière sans réagir?

Quelle que soit l'intensification des escarmouches, la fuite en avant militaire du Président géorgien était complètement irresponsable. Dans ce type de conflit à basse intensité, l'agresseur est toujours celui qui cède à l'escalade. Et cela est d'autant plus vrai que l'offensive géorgienne a été brutale. Difficile, donc, de jouer les victimes lorsque l'on attaque en premier, et surtout de cette manière.

C'est un secret de polichinelle que la Géorgie était soutenue, par les Etats-Unis, dans son projet de reprise de contrôle de ces territoires. Point de passage stratégique entre la mer Caspienne et la mer Noire, limitrophe de la Turquie et proche de l'Iran, ce pays avait tous les atouts, aux yeux du Pentagone, pour accueillir des bases militaires américaines.

C'était d'ailleurs en projet. Entre l'aide financière et les instructeurs américains, l'armement israélien, le choix du nom "Georges Bush" pour l'une des principales artères de Tbilissi fait figure d'anecdote. Un pion central de la diplomatie américaine au coeur du Caucase, voilà ce qu'était devenu la Géorgie. Et si l'on ajoute à cela que tous les projets d'oléoducs et de gazoducs, en provenance d'Asie centrale, dont l'objectif était le contournement de la Russie, passent par la Géorgie, on peut comprendre que la Russie surveillait ce territoire de près.

Se prévalant du soutien américain, Saakashvili s'est donc senti suffisamment fort pour attaquer l'Ossétie du Sud. Vu la vitesse, la puissance déployée et l'efficacité de la réponse russe, on peut se douter que les russes s'attendaient à cette attaque. La Géorgie devait figurer en bonne place dans la liste des pays surveillés par le FSB, et tout indique que l'armée russe était préparée à la confrontation.

Outre les conséquences humaines dramatiques de ce conflit-éclair pour la population civile locale, ossète et géorgienne, ces événements marquent un changement important dans les relations internationales de ces dernières années.

Depuis la chute du mur et la fin de l'Empire soviétique, les Etats-Unis demeuraient comme la seule "super-puissance". Conscients de cette force, et profitant de l'affaiblissement économique et politique de la Russie, ils se sont peu à peu détachés des contraintes du droit international, et plus particulièrement de l'ONU.

Le paroxysme a été atteint avec l'intervention unilatérale en Irak, où chaque contingent étranger - on l'oublie déjà - avait été durement obtenu au prix d'une tournée mondiale de Georges Bush. Que dire des américains donnant aux russes des leçons de "respect de l'intégrité territoriale de pays souverains"? Entre Guantanamo, les transferts de prisonniers pour interrogatoires dans des pays où sont pratiqués la torture, et les exactions des compagnies privées de sécurité en Irak, les Etats-Unis sont bien mal placés en ce moment pour dispenser leurs conseils.

Cet unilatéralisme, où les bons sentiments et les règles du droit international ne valent que lorsque les autres y sont soumis, a en tout cas pris un coup d'arrêt avec la Russie. Le bombardement de soldats russes dans leurs casernes par les forces géorgiennes en Ossétie du Sud en a sonné le glas.

Et l'Union Européenne dans son ensemble, au-delà des divergences historiques de certains de ses Etats membres avec la Russie, serait bien inspirée de voir dans ce retour de la Russie dans le concert des grandes puissances une occasion de promouvoir le multilatéralisme qu'elle appelle de ses voeux. Car qui dit multilatéralisme, dit contrepoids à la puissance américaine. Et aujourd'hui, le seul contrepoids qui existe, c'est la Russie.

Commentaires (4)


 

Les fantasmes de la création monétaire (1/?)

Lors de longs échanges à propos de mon article sur la nécessité d’un “Grenelle” des finances publiques, une théorie - qui peut à certains égards sembler séduisante - a été défendue par quelques commentateurs sur ce blog.

Pour ceux qui n’ont pas suivi le fil des commentaires, ou qui n’ont pas le temps de s’attaquer à cette longue lecture, en voici le résumé:

La création monétaire n’est pas du ressort du Gouvernement mais des banques privées, qui ne sont soumises qu’aux règles dites des “réserves fractionnaires”. Ces règlent leur permettent de créer des quantités considérables de monnaie par le jeu du crédit, dans des proportions sans aucune mesure avec les montants de leurs dépôts. Les banques font des profits, par le jeu des intérêts, sur quelque chose qui “n’existe pas”.

D’autres observent que la dette publique coûte des sommes considérables à l’Etat, notamment en intérêts. “Si l’Etat créait lui-même sa propre monnaie, il n’aurait pas d’intérêts à payer, cela lui coûterait donc moins cher. L’Etat devrait donc retrouver le monopole de la création monétaire et ne pas payer d’intérêts du tout.

Pour vérifier la validité d’un tel raisonnement, il convient d’abord de se pencher sur la question de ce qu’est réellement la monnaie. C’est là que l’on trouve la première faille dans le sophisme selon lequel “les banques font du profit en faisant payer quelque chose qui n’existe pas“.

Penchons-nous sur les éléments constitutifs de la monnaie.

La rôle de la monnaie:

Le rôle d’une monnaie est de permettre les échanges de biens et de services. Dans une économie de troc, on échange directement des biens et des services les uns contre les autres, sans intermédiaire. Le troc connaît actuellement un nouvel essor, par le biais de sites web qui proposent soit des échanges temporaires de logements - pour des vacances - soit des échanges directs de biens et/ou de services.

Le problème d’une économie de troc est son manque de fluidité. Il faut du temps et/ou de la chance pour trouver quelqu’un qui acceptera d’échanger son petit bateau amarré dans le Sussex contre une grange dans le Larzac. Ou un sac à main de marque d’occasion contre une peinture à l’aquarelle.

La monnaie assume donc d’une part, le rôle d’étalon de valeur, qui permet de mesurer la valeur d’un bien, et d’autre part, le rôle de vecteur de cette valeur, qui permettra à son détenteur d’échanger cette monnaie contre un bien ou un service qu’il désire, immédiatement ou ultérieurement.

L’utilisation d’une monnaie permet donc de rendre les échanges plus fluides, car elle élimine les contraintes d’échange bilatéral induites par le troc. Ensuite, elle élimine la contrainte de l’immédiateté de l’échange, puisque le détenteur de monnaie peut attendre avant d’échanger sa quantité de monnaie contre un autre bien ou service.

Le point central est donc l’assurance, pour celui qui accepte de la monnaie en échange de son bien ou de son service, d’être en capacité d’acquérir d’autres biens et services d’une valeur égale à celle qu’avaient les biens et services qu’il a cédé.

C’est ce qu’on appelle la confiance dans la monnaie.

La nature de la monnaie:

Dès lors, on s’aperçoit que la nature de la monnaie est complètement décorrélée de son “support”. Qu’il s’agisse de l’or, de l’argent, de papier ou de quelques 0 et 1 dans une mémoire d’ordinateur, ce qui compte c’est la confiance.

Quand la confiance disparaît, la monnaie elle-même disparaît. Ce phénomène de disparition de la monnaie, que l’on appelle ”hyper-inflation”, a été observé à plusieurs reprises au cours de l’Histoire: les assignats de la Révolution Française, le mark allemand des années 1920 ou le dollar zimbabwéen aujourd’hui en sont des exemples d’école.

Au cours de l’Histoire, de nombreux supports ont été utilisés pour la monnaie. Il y a eu bien entendu les métaux (or, argent, cuivre,…), mais également d’autres supports tels que des coquillages, ou plus récemment du papier.

Le choix du support était déterminé en fonction de la confiance qu’il était sensé véhiculer, et non pas seulement - ou pas du tout - pour sa valeur intrinsèque. C’est évident pour le papier, mais cela est vrai également pour l’or. La valeur intrinsèque de l’or en tant que métal était un des éléments de la confiance dans les pièces de monnaie en or, mais cela n’était pas le seul critère.

Au Moyen-Age, certaines pièces d’or étaient mieux acceptées que d’autres. Pourquoi? Parce que les systèmes de contrôle de ceux qui battaient cette monnaie étaient de qualité inégale. Certaines pièces étaient moins souvent contrôlées que d’autres et les risques de fraude étaient plus importants (limage des pièces, etc).

Le système de contrôle de la monnaie est donc un des éléments constitutifs de la confiance dans une monnaie - et par conséquent de sa valeur.

C’est donc une erreur que de croire que la monnaie a une valeur en soi. La seule valeur d’une monnaie se “mesure” au niveau de confiance qui y est attaché.

Si on poursuit le raisonnement jusqu’au bout, on se rend compte que ce qui “existe” vraiment, ce n’est pas la monnaie, c’est la confiance qui est traduite au travers de cette monnaie. C’est pour cela que la monnaie peut être complètement dématérialisée.

Le “Tiers de confiance”:

C’est là qu’intervient le rôle du “tiers de confiance”. Un tiers de confiance est une personne, physique ou morale, qui joue le rôle d’intermédiaire, et qui intervient dans les échanges afin que les parties soient rassurées par les termes et les conditions de l’échange.

Tout cela est un peu théorique, mais en voici des exemples concrets. Si vous passez une petite annonce pour vendre votre voiture sur internet, vous avez tout intérêt à effectuer votre transaction au sein d’une agence bancaire. Le conseiller qui gère votre compte pourra effectuer les contrôles sur les billets, vérifier que le chèque de banque est un vrai, bref, vous assurer que l’acheteur vous donne la valeur réellement annoncée. Un certain nombre de personnes ayant accepté des chèques sans effectuer les vérifications nécessaires se sont retrouvées sans véhicule avec des chèques non provisionnés.

Au Moyen-Age, c’était celui qui pesait et vérifiait les pièces d’or, d’argent, etc qui assurait ce rôle. Mais le rôle de tiers de confiance est également assuré, d’une autre manière, par ce qu’on appelle les chambres de compensation. Ces organismes sont très utiles pour effectuer transferts et mettre à disposition des fonds à distance.

Imaginez que vous ayez un compte dans la même banque que votre grand-mère. Vous avez 200 euros, votre grand-mère à 200 euros, et pour votre anniversaire, elle vous fait un virement de 50 euros. Votre compte passe donc à 250 euros et le sien à 150 euros.

Tout cela est totalement immatériel, votre banque a simplement modifié les montants de vos comptes en banque respectifs. C’est le principe d’une chambre de compensation. S’il y avait une seule banque au monde, elle serait donc une immense chambre de compensation.

Dans les deux cas, c’est la confiance dans la monnaie qui est en jeu, et non une prétendue valeur intrinsèque de la monnaie.

En quoi cela invalide-t-il la théorie sur la “création monétaire” par les banques privées?

Tout d’abord, les banques ne créent pas la monnaie, elles constatent ou anticipent des valeurs présentes ou futures. Elles constatent la valeur d’un bien immobilier, ou anticipent la valeur de revenus futurs en fonction d’un emploi salarié.

En fonction de ces données relatives aux valeurs qui sont détenues ou qui seront détenues, elles valident un niveau de confiance quant à la solvabilité du demandeur, et accordent un prêt.

La valeur qui déclenche la création monétaire n’est donc pas du ressort des banques mais de la personne qui demande le crédit, puisque c’est cette personne, avec ses possessions et son travail, qui est à l’origine de la valeur.

Les banques ne sont donc les dépositaires que de la confiance - et c’est déjà beaucoup, et facturent leurs services autour de cette confiance. Qu’elles fassent des profits sur ces services est tout à fait normal.

Il est donc faux de dire qu’elles font des profits sur quelque chose qui n’existe pas.

Pour finir:

Je n’ai pas abordé dans cette partie la question des taux d’intérêts. Je l’aborderai dans un prochain article, mais je pense qu’un débat sur le rôle et la nature de la monnaie sont nécessaires avant d’aborder cette question. Car tout le débat est fondé sur ces définitions, et si l’une ou l’autre sont invalidées, ce sont toutes les déductions qui s’appuient dessus qui s’effondrent.

Je serai heureux également si le débat pouvait se concentrer sur les questions de principe (rôle, nature de la monnaie,…). En effet, si on le “pollue” avec des questions conjoncturelles (niveau et répartition des profits des banques,…), sur lesquelles il y a beaucoup, beaucoup de choses à dire, on va s’éloigner du sujet de la création monétaire elle-même.

Au plaisir de vous lire!

Commentaires (22)


 
Generated in 0,1564