Chapeau Sarko! (et bravo Uribe!)
Il va falloir beaucoup de mauvaise foi pour dénier à Nicolas Sarkozy sa grande part de responsabilité dans l’heureuse libération d’Ingrid Bétancourt. Car, au-delà de l’immense soulagement de la voir enfin libre, et apparemment en bien meilleure santé que ce que l’on aurait pu craindre, il faut saluer le tour de force médiatico-diplomatique du Président de la République.
Ingrid Bétancourt était détenue depuis 6 années dans la jungle colombienne, car aucun des deux camps colombiens n’avait de réel intérêt à ce qu’elle soit libérée. Pour les FARC, elle représentait une valeur d’échange particulièrement élevée, dont ils ne souhaitaient pas se séparer sans obtenir en échange une victoire politique et symbolique de toute première importance .
Le Président colombien, élu sur un programme de combat contre les FARC, partisan de la ligne dure, ne semblait pas pressé de céder aux exigences de la guérilla. Le maintien en détention d’Ingrid Bétancourt servait paradoxalement sa politique, comme exemple de l’inhumanité des FARC, refusant de libérer une femme pacifiste et écologiste.
En secouant le cocotier médiatique comme il sait si bien le faire, Nicolas Sarkozy a réussi à renverser la vapeur de cette situation qui ne pouvait que s’enliser. Voyages, discours, rencontres, il a déployé tout son arsenal théâtral pour parvenir à deux avancées majeures.
En tout premier lieu, il a montré, grâce à la médiation d’Hugo Chavez, que les FARC étaient prêtes à libérer Ingrid Bétancourt sous conditions. La preuve concrète a été apportée par la libération de Clara Rojas, qui accompagnait Ingrid Bétancourt lors de son enlèvement.
Ce faisant, la pression politique revenait sur Alvaro Uribe. Puisque les FARC étaient prêtes à libérer Ingrid Bétancourt, c’était à lui de montrer sa volonté d’y parvenir. Il faut reconnaître que, jusqu’à hier soir, nous étions très nombreux à être persuadés - moi y compris - que ce dossier n’était pas sa priorité.
Nous nous sommes - fort heureusement - complètement fourvoyés. Alvaro Uribe a joué, à sa manière, une partition particulièrement audacieuse, et remarquablement bien menée. Décaptitation de la direction des FARC, utilisation de la confusion pour infiltrer les organes de décision, fausse ONG pour récupérer les otages en douceur, il ne manquait plus que James Bond en smoking et noeud pap’ pour que le tableau soit complet.
C’est aujourd’hui que l’on peut mesurer le chemin parcouru. Il était risqué, lors de la campagne électorale, de marteler avec autant d’assurance qu’il plaçait, parmi ses priorités, la libération des infirmières bulgares et d’Ingrid Bétancourt.
Pour les infirmières, le Président de la République avait l’avantage de négocier directement avec le preneur d’otages - à savoir Khadafi. Les négociations pour la libération d’Ingrid Bétancourt étaient autrement plus délicates.
Nicolas Sarkzoy a tenu ces deux promesses, même si peu croyaient qu’il y parviendrait. Il a mis en balance tout son talent d’animal politique, et sa manière bien à lui de mettre les pieds consciencieusement dans le plat. Il va désormais pouvoir recueillir tous les fruits politiques de sa volonté et de son entêtement.
Et il l’a bien mérité.