Portrait

Vincent Perrier-Trudov Conseiller municipal délégué aux nouvelles techonologies et affaires juridiques de la ville de La Madeleine (Nord), Président des Jeunes Centristes du Nord / Pas de Calais,...

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Juillet 2008

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Archives de juillet 2008

A quand une démocratie adulte ?

C’était serré, mais elle est passée. La réforme de la Constitution a été adoptée sur le fil, dans une ambiance de psycho-drame typiquement française, mais elle est passée quand même, et c’est cela qui compte. Mais dans quelles conditions?

On va pouvoir ergoter longtemps, sur la maîtrise partagée de l’ordre du jour entre le Parlement et le Gouvernement, la discussion sur le texte amendé par la commission, la limitation de l’usage du 49-3, l’encadrement de la procédure d’urgence, la règle d’or budgétaire - à la rédaction timide mais qui a le mérite d’exister.

Mais l’essentiel est ailleurs. Quand est-ce que la classe politique se décidera enfin à voter sur le fond des textes et non en fonction de la “victoire” que l’on rêve d’obtenir ou de la “défaite” politique que l’on rêve d’infliger à son adversaire?

Le pire dans tout cela est que cette dramaturgie a été prévue et organisée dès le début. Inventaire des manoeuvres pour torpiller le projet:

Acte 1: demander à la majorité des concessions dont on sait à l’avance qu’elle ne peut pas les accepter, tout en se moquant de savoir si ces concessions relèvent de la Constitution.

Acte 1.1: Demander la révision du mode d’élection des sénateurs. Le mode d’élection des sénateurs n’est pas fixé par la Constitution, il ne l’a jamais été. Pour quelle raison celui-ci aurait-il dû être discuté lors de ce débat? La question est d’autant plus biaisée qu’elle se résumait - au vu des résultats des élections locales des dernières années, ni plus ni moins à “changez le mode de scrutin des sénateurs pour qu’on soit sûrs de prendre la majorité au Sénat, que ce soit cette année ou en 2011″.

Acte 1.2: demander la limitation de la parole du Président de la République dans les médias, en confondant son temps de parole avec celui de la majorité parlementaire. Outre qu’il n’y a pas que deux camps dans une démocratie - et donc que les nuances politiques vont bien au-delà du binaire majorité/opposition (”gentils”/”méchants” en fonction de l’endroit où l’on se situe) - ce sujet n’avait lui aussi aucune place dans un débat sur les institutions.

La ficelle était un peu grosse. Non seulement fallait-il que la droite offre le Sénat sur un plateau d’argent à la gauche, mais ce n’était pas suffisant, il fallait en plus baillonner le Président? Comment un parlementaire de droite pouvait-il accepter des conditions pareilles?

L’acte 1 - demander des concessions impossibles - étant bien orchestré, la gauche pouvait passer à la phase suivante.

Acte 2: fustiger le manque d’ouverture de la majorité et justifier de la sorte un vote d’opposition non pas sur le texte mais sur le Président de la République.

Et là, la machine médiatique, que les socialistes savent mine de rien très bien manier, tourne à plein régime. Un même argumentaire, répété à l’envie par tous les responsables sur l’ensemble des médias, pour occulter un fait pourtant indéniable: une très grande partie du contenu de cette réforme a été défendue pendant de nombreuses années par le Parti Socialiste.

Et c’est là où l’on tombe dans le paradoxe le plus total: l’opposition à la personne du Président de la République, lors de l’examen d’un texte, alimente le phénomène que l’on prétend combattre: l’omni- (ou l’hyper-, c’est selon) Présidence.

En se prononçant pour ou contre un homme politique, et non pour ou contre les textes en discussion, on renforce la personnalisation de la politique. On donne la primauté à l’individu sur les lois, à la posture plutôt qu’au contenu. La loi devient la chose d’un homme ou d’une femme. Si on l’aime bien on vote pour, si on ne l’aime pas on vote contre.

Et comme une posture n’existe que par l’apparence, elle entraîne ceux qui la manient vers une autre posture, destinée à masquer la posture précédente en détournant l’attention. De postures en impostures, on s’enfonce dans le vide.

Acte 3: dénoncer les marchandages et les pressions que l’on a rendu inévitables chez son adversaire, et que l’on utilise allègrement dans son propre camp.

Cela permet de se préparer, malgré tout, à avoir le beau rôle. Si la réforme passe, elle est entachée de manoeuvres irrégulières, et si elle échoue, c’est grâce au combat héroïque mené par les chevaliers blancs de l’opposition.

La réalité est loin de cette fiction.

Si besoin en était, le déchaînement de violences verbales sur Jack Lang permet de mesurer à quel point les pressions ont été fortes dans le camp des socialistes. Les loups sont lâchés sur celui qui a eu l’outrecuidance d’oser voter pour une réforme qu’il a contribué à bâtir.

Moins médiatique, mais tout aussi fort, le vote contre la réforme des 14 députés PS signataires de la tribune publiée dans le journal Le Monde. Ils avaient appelé à voter pour, les voilà contraints de passer par les fourches caudines du vote du groupe. “Nous avons voté contre, mais nous étions pour”. Voilà un message politique clair qu’il sera facile de faire comprendre aux électeurs.

Face à cela la droite était bien obligée de faire bloc, et la France a donc, une fois de plus, raté une occasion d’avoir de la part de ses représentants une attitude politique responsable.

Nous restons depuis trop longtemps embourbés dans ce système où il est plus important d’infliger un revers médiatique plutôt que d’enregistrer une avancée démocratique.

Tant que nous ne changerons pas cette façon de faire, nous resterons des enfants capricieux, adeptes du tout ou rien, incapables de faire la part des choses, incapables de comprendre qu’une petite avancée tout de suite est toujours préférable à un hypothétique grand bond en avant 5 ans plus tard.

A quand, une démocratie adulte?

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Pour un "Grenelle" des Finances publiques

Le sujet est unanimement qualifié de « technique » par les médias. Ce qui veut dire, en clair et en s’adressant aux citoyens : « c’est compliqué, nous-mêmes, journalistes, on ne comprend pas tout, alors on ne va pas se fatiguer à essayer de vous l’expliquer simplement ».

On ne doit d’ailleurs l’apparition de cette question sur le devant de la scène qu’à l’énormité du problème auquel nous devons faire face. Disons le clairement, nous sommes devant un mur de dettes.

D’un montant de 1.200 milliards d’euros, la dette publique française génère – avec les taux directeurs actuels – des intérêts à hauteur de 41 milliards d’euros par an. On comprend mieux pourquoi le Gouvernement est si sensible à l’évolution des taux fixés par la BCE.

Certes, des taux à la hausse ont tendance à ralentir la croissance, mais surtout, chaque augmentation de taux pèse très lourdement dans le budget de l’Etat. Autrement dit, le Président de la République n’a pas très envie que tous les efforts d’économies budgétaires ne servent qu’à survivre aux hausses de taux de la BCE.

Survivre, le mot n’est pas trop fort. Car chaque fois que l’Etat enregistre un déficit budgétaire – comme tous les ans depuis 30 ans – il est obligé d’emprunter le montant du déficit, et cette somme vient grossir la dette.

Nous en sommes aujourd’hui à environ 38 milliards de déficit annuel. En comparant aux 41 milliards d’intérêts de la dette, on en déduit immanquablement ceci : la France emprunte car elle n’arrive pas à payer les intérêts de la dette qu’elle a déjà.

La France est donc en situation de surendettement. Quand le Président de la République dit que les caisses sont vides, quand le Premier Ministre dit que l’Etat est en situation de faillite, ils ne font que dire la simple vérité. Mais on a toujours du mal à l’entendre, la vérité.

Aujourd’hui, beaucoup de réformes ont été engagées. La RGPP, tant décriée, est un processus qui peut réellement apporter des économies dans les coûts de fonctionnement de l’Etat. La règle d’or budgétaire, qu’il faut absolument faire passer lors de la révision constitutionnelle, serait un élément supplémentaire – quoiqu’encore trop timide – pour aller dans cette direction.

Mais il est essentiel que les français dans leur ensemble prennent conscience de ce défi majeur. Car il s’agit ni plus ni moins de l’avenir de notre modèle social. Plus nous tardons, plus les remèdes seront brutaux, et injustes.

L’essentiel du budget de l’Etat est constitué de dépenses de personnel, qu’il ne peut réduire que par des départs en retraite. Il y a des investissements sur lesquels il s’est engagé et sur lesquels il ne peut pas revenir. Le reste est constitué de “transferts sociaux”, aides aux entreprises inclues. Constituées de subventions, d’exonérations fiscales et sociales, ce sont les lignes les plus souples, budgétairement parlant.

Si nous n’agissons pas maintenant, en partageant l’effort, lorsque nous en serons réduits à prendre des mesures dans l’urgence, ce seront ces lignes budgétaires là qui seront coupées. Celles qui fondent notre modèle social, celles qui font qu’en France, on essaye de ne laisser personne sur le bord de la route.

On ne peut plus attendre éternellement une croissance à 3% ou 3,5% – et encore moins tabler dessus – pour résoudre tous nos problèmes. Lorsque nous avions cette croissance, à la fin des années 1990, les Gouvernements n’ont pas pris les mesures nécessaires. On parlait de cagnotte, alors que la dette progressait.

On a poussé le vice jusqu’à dire que la dette baissait. Elle baissait certes, mais en pourcentage du PIB, pas en valeur absolue. On a fait croire aux français que notre modèle social, financé à crédit depuis 20 années à l’époque, allait voir ses difficultés financières résolues sans douleur.

On voit aujourd’hui ce à quoi nous a mené cette attitude irresponsable.

Il faut désormais une prise de conscience collective, que tout le monde se mette autour de la table, et que l’on prenne ensemble de vraies décisions. Il faut que ces décisions soient justes, et qu’elles soient équitables. Que les partenaires sociaux, les collectivités territoriales et l’ensemble du secteur public participent à l’effort global.

Et c’est seulement au travers d’un « Grenelle » des Finances publiques que l’on pourra, en transparence, assurer financièrement l’avenir de notre modèle social.

Il y a urgence, car le mur de dettes est devant nous. Juste devant nous.

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Chapeau Sarko! (et bravo Uribe!)

Il va falloir beaucoup de mauvaise foi pour dénier à Nicolas Sarkozy sa grande part de responsabilité dans l’heureuse libération d’Ingrid Bétancourt. Car, au-delà de l’immense soulagement de la voir enfin libre, et apparemment en bien meilleure santé que ce que l’on aurait pu craindre, il faut saluer le tour de force médiatico-diplomatique du Président de la République.

Ingrid Bétancourt était détenue depuis 6 années dans la jungle colombienne, car aucun des deux camps colombiens n’avait de réel intérêt à ce qu’elle soit libérée. Pour les FARC, elle représentait une valeur d’échange particulièrement élevée, dont ils ne souhaitaient pas se séparer sans obtenir en échange une victoire politique et symbolique de toute première importance .

Le Président colombien, élu sur un programme de combat contre les FARC, partisan de la ligne dure, ne semblait pas pressé de céder aux exigences de la guérilla. Le maintien en détention d’Ingrid Bétancourt servait paradoxalement sa politique, comme exemple de l’inhumanité des FARC, refusant de libérer une femme pacifiste et écologiste.

En secouant le cocotier médiatique comme il sait si bien le faire, Nicolas Sarkozy a réussi à renverser la vapeur de cette situation qui ne pouvait que s’enliser. Voyages, discours, rencontres, il a déployé tout son arsenal théâtral pour parvenir à deux avancées majeures.

En tout premier lieu, il a montré, grâce à la médiation d’Hugo Chavez, que les FARC étaient prêtes à libérer Ingrid Bétancourt sous conditions. La preuve concrète a été apportée par la libération de Clara Rojas, qui accompagnait Ingrid Bétancourt lors de son enlèvement.

Ce faisant, la pression politique revenait sur Alvaro Uribe. Puisque les FARC étaient prêtes à libérer Ingrid Bétancourt, c’était à lui de montrer sa volonté d’y parvenir. Il faut reconnaître que, jusqu’à hier soir, nous étions très nombreux à être persuadés - moi y compris - que ce dossier n’était pas sa priorité.

Nous nous sommes - fort heureusement - complètement fourvoyés. Alvaro Uribe a joué, à sa manière, une partition particulièrement audacieuse, et remarquablement bien menée. Décaptitation de la direction des FARC, utilisation de la confusion pour infiltrer les organes de décision, fausse ONG pour récupérer les otages en douceur, il ne manquait plus que James Bond en smoking et noeud pap’ pour que le tableau soit complet.

C’est aujourd’hui que l’on peut mesurer le chemin parcouru. Il était risqué, lors de la campagne électorale, de marteler avec autant d’assurance qu’il plaçait, parmi ses priorités, la libération des infirmières bulgares et d’Ingrid Bétancourt.

Pour les infirmières, le Président de la République avait l’avantage de négocier directement avec le preneur d’otages - à savoir Khadafi. Les négociations pour la libération d’Ingrid Bétancourt étaient autrement plus délicates.

Nicolas Sarkzoy a tenu ces deux promesses, même si peu croyaient qu’il y parviendrait. Il a mis en balance tout son talent d’animal politique, et sa manière bien à lui de mettre les pieds consciencieusement dans le plat. Il va désormais pouvoir recueillir tous les fruits politiques de sa volonté et de son entêtement.

Et il l’a bien mérité.

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