Portrait

Vincent Perrier-Trudov Conseiller municipal délégué aux nouvelles techonologies et affaires juridiques de la ville de La Madeleine (Nord), Président des Jeunes Centristes du Nord / Pas de Calais,...

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Septembre 2010

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La “réintégration” dans l’OTAN, le faux débat

Il est curieux de voir, une fois de plus, avec quel enthousiasme on se précipite dans une querelle franco-française aussi enflammée que décalée par rapport aux faits. La “réintégration” dans l’OTAN, qu’il faut bien se résoudre à mettre entre guillemets, a réellement eu lieu il y a plus d’une dizaine d’années, sous la Présidence Chirac.

Les armées françaises étaient dans toutes les instances de l’OTAN, participaient - comme leurs homologues européennes - aux opérations auxquelles le Gouvernement français souhaitait s’associer, et personne ou si peu ne semblait s’en émouvoir.

Et c’est seulement aujourd’hui que l’on monte au créneau, afin de défendre la belle “indépendance française”. Sur la base de quoi?

Tout simplement parce que le Gouvernement a décidé de mettre fin à cette hypocrisie - et cette absurdité - qui consiste à être l’un des plus gros contributeurs aux interventions de l’OTAN, sans participer au commandement.

Je voudrais que l’on m’explique quelle part “d’indépendance” l’on perd, lorsque l’on passe d’une situation où ne participe pas aux décisions, à une situation où l’on a son mot à dire.

La vérité, c’est que le seul outil opérationnel de défense européen, à l’heure actuelle, c’est l’OTAN. Alors bien sûr, les américains y occupent une place de choix, mais tout de même.

Plaçons nous un moment du côté de la Pologne ou de la Slovaquie par exemple, il y a quelques années de cela. Ces pays venaient de sortir de 40 années de diktat soviétique, avec le joug du Pacte de Varsovie sur leurs épaules. Seuls face à leur ex-grand frère russe, que pouvaient-ils? Pas grand chose. Ils étaient donc bien obligés d’intégrer une alliance qui pouvait garantir leur sécurité.

Ils avaient le choix entre deux solutions, l’Europe de la Défense et l’OTAN. D’un côté - excusez du peu - l’Eurocorps et deux-trois autres structures de coopération militaire interétatiques. Quelques milliers d’hommes, de-ci, de-là, qui apprenaient à travailler ensemble. Mais surtout, avant d’intégrer cette Europe de la Défense, on leur demandait d’attendre d’intégrer l’Union Européenne, avec toutes les contraintes économiques, juridiques et autres critères de convergence nécessaires.

Et de l’autre, il y avait l’OTAN. Avec au sein de cette alliance les Etats-Unis, des décennies de manoeuvres communes, des codes militaires communs partagés mêmes par la France, et y compris sous le Général de Gaulle. Il n’y avait pas photo. Et il n’y a toujours pas de doute.

Il est complètement illusoire d’espérer bâtir une Europe de la Défense contre l’OTAN. Ce serait tout d’abord se tromper de cible. Les pays membres sont nos alliés historiques, et les membres les plus récents sont souvent membres de l’Union Européenne - ou aspirent à le devenir.

De plus, le principe de réalité est en train de rattraper les américains à vitesse grand V. Leurs deux engagements en Irak et en Afghanistan fixent littéralement l’essentiel de leurs capacités de projection (= d’intervention militaire extérieure). Ils seraient parfaitement incapables d’assurer un troisième front, comme ils sont aujourd’hui incapables de gagner les deux qu’ils ont déjà ouverts. Sans compter le coût démentiel que ces deux guerres représentent pour leurs finances publiques.

Les américains se rendent compte aujourd’hui qu’ils ont besoin d’une Europe de la Défense. Et ce n’est pas pour faire plaisir à notre Président qu’ils en sont venus à cette conclusion.

Construire l’Europe de la Défense comme l’un des piliers de l’OTAN offre beaucoup d’avantages qui sont passés sous silence dans ce débat. Le plus important est sans aucun doute la fin des bâtons dans les roues que nous mettaient amicalement nos alliés d’outre-atlantique. Cela tombe sous le sens, mais cela va mieux en le disant.

Ensuite, la réduction inéluctable des effectifs militaires américains présents sur le sol européen laissera mécaniquement plus de places aux forces armées européennes. Celles-ci n’en auront que plus l’occasion d’affermir leurs méthodes de coopération militaire et d’opérations communes.

Le point central - comme c’est étrange - sera paradoxalement hors OTAN, à savoir la construction politique de l’Europe. Car ce ne sont pas les outils militaires qui décideront d’une position européenne commune sur tel ou tel conflit international, c’est l’Union Européenne en tant qu’institution de décision commune en politique étrangère qui le pourra.

Et si un jour, comme je l’espère, les européens prennent enfin ces décisions d’une seule voix, alors le pilier européen au sein de l’OTAN sera l’instrument idéal d’une Europe de la Défense, dont les américains ne pourront ni contester la légitimité, ni empêcher l’utilisation. Car à ce moment là, ils ne seront plus en mesure de dicter les choix de l’OTAN comme ils l’ont fait jusqu’à présent.


 
 

Commentaires

  1. Le problème de participer à l’otan en réintégrant les instances de commandement ou pas est un faux débat.
    En effet dans l’état actuel des choses , nous avons toujours pu participer aux opérations de cette organisation en ayant notre mot à dire sans pour autant faire partie des instances de commandement.
    La France à participé à des opérations de L’OTAN dans le cadre de l’ex Yougoslavie par exemple.

    Nous pourrions continuer à ce que la donne actuelle subsiste.
    Avantage , nous conservons une ligne spécifique ,tout en optant ou pas pour une stratégie commune.
    L’otan correspond à une réalité historique qui n’existe plus .
    Et nos armées de cette organisation n’ont pas encore terminé la mutation indispensable que requiert les nouveaux enjeu stratégique , qui ne se fondent plus sur l’existence de l’ancien ours soviétique.

    L’europe de la défense peut tout à fait se faire en parallèle de l’otan , c’est tout simplement une question de volonté politique , les ennemis des états-unis ne sont pas forcément nos ennemis et cette organisation n’est que para-européenne.

    Il est tout à fait possible de crée un binôme eurodef- et otan.

    Citer la Pologne ou la République tchèque est un peu fallacieux, nous n’avons jamais eu les mêmes rapport avec les russes.
    Leur démarche est logique.
    Mais cette logique n’est peut être pas l’intérêt de la France , ni celle de l’Europe : Idéalement parlant, mais bon dans une logique budgétaire par contre , peut être.


    » Envoyé par Graëve le 08 août 2008


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