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Vincent Perrier-Trudov Conseiller municipal délégué aux nouvelles techonologies et affaires juridiques de la ville de La Madeleine (Nord), Président des Jeunes Centristes du Nord / Pas de Calais,...

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Juin 2008

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Articles du 05 juin 2008

L’échec européen des élites françaises

Tout le monde s’accorde à dire que le fonctionnement de l’Union Européenne est obscur pour les citoyens. Ils ont l’impression de n’avoir aucune prise sur les instances européennes, notamment parce qu’ils ont beaucoup de mal à distinguer qui décide réellement, qui mène la barque de l’Europe.

Or, pour un citoyen qui souhaite influer sur les choix politiques qui le concernent, comprendre qui décide quoi est absolument essentiel. Le “brouillard décisionnel” est l’un des pires ennemis de la démocratie, et il a probablement été l’un des éléments déterminants dans le “Non” au référendum de 2005.

Les juristes, les spécialistes de l’Union Européenne les connaissent pourtant bien, mais les médias traditionnels se désintéressent de cette question, par ignorance, par paresse ou par incompétence.

L’Europe est intergouvernementale et tout découle de là. La Commission Européenne ne décide par elle-même que sur une partie très réduite des normes européennes.

Ceux qui font les “lois” européennes (directives et réglements), ce sont les Gouvernements, les Premiers Ministres, les Ministres, et dans notre cas hexagonal, le Président de la République. Et ils les préparent avec tout l’arsenal de leurs administrations nationales.

Ces administrations nationales se rencontrent dans le cadre de “Comités Techniques” qui se réunissent, débattent, reçoivent les représentants (ou lobbies) des entreprises, des salariés, des ONG et autres associations concernées par les différents thèmes sur lesquels ils travaillent.

Ces groupes de travail façonnent les textes durant des mois, entendant tous ceux qui souhaitent l’être et ayant une légitimité par rapport au sujet traité. Les fonctionnaires européens qui y participent, lorsqu’ils recoivent ces représentants, les recoivent toujours à plusieurs, pour avoir des témoins de la teneur des échanges.

La liste des ces Comités est publiée, le programme de leur travaux également. Ceux qui veulent savoir et savent où chercher l’information n’ont aucune difficulté pour se renseigner.

Et c’est là où l’analyse du comportement des décisionnaires français devient particulièrement scandaleuse:

Les administrations nationales connaissent le contenu et participent à l’élaboration des textes ; les Ministres - s’ils le veulent - peuvent avoir tous les détails qu’ils souhaitent ; la société civile,les ONG, tous pourraient participer à toutes les discussions en cours, mais la plupart ne le font pas.

L’Assemblée Nationale, qui est la première à se plaindre que 70% des lois votées en France sont issues de Bruxelles, n’a, en tout et pour tout, qu’un seul fonctionnaire de l’Assemblée présent à Bruxelles! Les principaux médias français - télévision, radio, presse écrite - ont, au grand maximum, un correspondant permanent sur place.

Nos Ministres, quand par hasard ils assistent aux réunions européennes, ne s’impliquent dans le processus de négociation que beaucoup trop tard, quand l’essentiel est déjà décidé, et que plus personne ne peut revenir dessus. Quant aux partenaires sociaux, c’est encore pire, puisqu’ils ne se réveillent que lorsque le texte commence à s’appliquer en France!

L’exemple-type de ce processus absurde est le texte sur les OGM. Il a été adopté au niveau européen en 2001, sous le Gouvernement Jospin, après 4 ou 5 années de préparation en Comités Techniques. Et ce sont les socialistes qui montent au créneau aujourd’hui?

Où étaient donc ceux qui donnent des leçons aujourd’hui? José Bové, notre héros national, que faisait-il à l’époque? De quoi s’occupaient les médias et les journalistes qui en font aujourd’hui des tonnes?

L’Europe n’est, pour la plupart des hommes politiques, qu’un moyen comme un autre de s’attirer les bonnes grâces de telle ou telle frange de l’électorat. Mais quand il s’agit de passer aux actes, d’agir et de prendre ses responsabilités, il n’y a plus personne.

Le temps est venu de dire la vérité aux Français, de ne pas se laisser se développer un euro-scepticisme qui grandit sur des mensonges et de la peur.

Si l’Europe ne prend pas suffisamment en compte les intérêts français, c’est que nos gouvernements ont été incapables de les défendre correctement. Si l’Europe n’est pas assez démocratique, c’est qu’ils n’ont pas eu le courage de donner suffisamment de pouvoir au Parlement Européen. Et si l’Europe est trop éloignée des préoccupations quotidiennes, c’est que ceux qui devaient les représenter ont échoué.

La Présidence Française de l’Union Européenne, et les élections européennes qui suivront en 2009, seront le moment idéal pour proposer une véritable alternative. Une alternative fondée sur le respect des électeurs, un respect qui commence par cette chose toute simple, mais malheureusement trop rare en politique: dire la vérité.

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